Déclaration de la permanence nationale de l’AJR – 20 juin 2009
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Pendant plus de trois mois, les enseignants-chercheurs (E-C), les personnels et les étudiants ont fait grève pour obtenir d’une part, le retrait du décret modifiant le statut des E-C, et d’autre part, pour le retrait des décrets relatifs à la « masterisation » des concours.
Trois mois de grève dans les universités : quel bilan ?
En combattant pour la satisfaction de ces deux revendications, qu’avons-nous obtenu ?
- Décret modifiant le statut des E-C : même si nous n’avons pas obtenu le retrait du décret, le gouvernement a toutefois été contraint de reculer sur la « modulation des services des enseignants-chercheurs » (un président d’université ne pourra pas juridiquement imposer à un E-C plus de 192 heures d’enseignement) et sur l’ « évaluation des enseignants-chercheurs », qui reste nationale. Cela étant, le principe même de « modulation des services » est maintenu dans la loi et l’évaluation nationale des E-C repose en partie sur des critères locaux (propres à chacune des universités).
- Décrets relatifs à la « masterisation » des concours : à l’inverse, malgré les déclarations des uns et des autres sur les prétendues « avancées » obtenues par la grève, les décrets relatifs à la « masterisation » des concours, tels qu’ils avaient été rédigés initialement par le gouvernement, sont en voie d’application. Dès la rentrée 2009, ils remettent en cause le passage du concours à bac+3 (désormais, il faut être titulaire d’un bac+5) et le salaire de fonctionnaire rétribué à tous les professeurs stagiaires (1 330 euros par mois) au profit d’une « rémunération » de l’ordre de 4 000 euros par an soumise à condition et répartie différemment selon les académies, ouvrant ainsi la voie à la fin des concours nationaux.
Pourquoi n’avons-nous pas obtenu le retrait des décrets ?
A quels obstacles avons-nous été confrontés au cours de la grève ?
- Est-ce parce que les E-C et les étudiants n’étaient pas suffisamment mobilisés ?
La grève universitaire de ce semestre 2009 est historique : jamais les E-C n’ont été aussi mobilisés depuis 1968 (voire avant), jamais l’unité avec les étudiants n’avait été aussi loin. Personne ne peu raisonnablement considérer que nous n’avons pas été suffisamment mobilisés.
- Est-ce parce que le gouvernement est « trop fort » ?
La mobilisation de milliers de lycéens en décembre 2008, descendant dans la rue pour le retrait de la « réforme » des lycées, a été moins massive, plus courte, mais a pourtant permis un recul net du gouvernement, sur une contre-réforme, elle aussi, d’ampleur. Alors, posons la question : qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?
- N’est-ce pas plutôt parce que les directions de certaines organisations ont cherché à opposer les revendications ?
En particulier, au moment où l’unité s’est réalisée entre étudiants et E-C sur les deux revendications reprises par la Coordination nationale des universités (CNU), comment comprendre que les directions de certaines organisations ont dressé le mot d’ordre d’abrogation de la LRU contre ces deux revendications ?
En particulier, au moment où Valérie Pécresse était prête à réaliser d’énormes concessions sur son décret modifiant le statut des E-C,
comment comprendre que les directions de ces mêmes organisations, au lieu d’exiger résolument le retrait du décret – qui aurait porté un coup d’arrêt majeur à l’application de la LRU, ouvrant
ainsi la voie à l’abrogation de la LRU, dans les faits – aient dressé le mot d’ordre d’abrogation de la LRU contre l’exigence de retrait immédiat du décret sur le statut des E-C, laissant les
mains libres à la ministre pour appliquer tous ses décrets ?
- N’est-ce pas plutôt parce que la direction de la FSU a refusé de porter le mot d’ordre de retrait des décrets Pécresse, porté par les Assemblées générales (AG) ?
En particulier, au moment où les AG, la CNU, ont voté pour le retrait, notamment des décrets portant sur la « masterisation » des concours, comment comprendre que le principal syndicat dans la Fonction publique, la Fédération syndicale unitaire (FSU), par le biais de son secrétaire général Gérard Aschieri, exige une « bonne masterisation » des concours ?
Ils voudraient nous empêcher d’avoir un avenir !
Ils voudraient nous empêcher d’étudier !
Comment comprendre ? Faudrait-il accepter de tirer un trait sur les revendications qui ont unifié la grève dans les universités ? Faudrait-il renoncer au combat pour le retrait des décrets Pécresse, et en particulier, au combat pour le retrait des décrets portant sur la « masterisation » des concours ?
Dans une situation qui voit supprimer plus de 30 000 postes dans la Fonction publique, qui voit s’accélérer les licenciements dans toutes les usines de ce pays, une situation qui pose donc tout le problème de l’interdiction des licenciements et d’une marche unie sur Paris de tous les partis se réclamant des intérêts des travailleurs et des jeunes ;
Dans une situation qui voit se généraliser la précarité par le « plan jeune » Hirsh-Sarkozy, nous empêchant d’avoir un vrai travail avec un vrai salaire ;
Nous réaffirmons : nous voulons un avenir !
Et pour cela, nous voulons des diplômes, des concours nationaux, nous voulons être recrutés à bac+3 ! Parce que la « masterisation » des concours, c’est nous empêcher de passer des concours ! Et maintenant, ils voudraient nous empêcher, tout simplement, d’étudier !
Unité pour aucune augmentation des frais d’inscription !
En pleins partiels pour les étudiants, Valérie Pécresse annonce déjà la suite : passage à l’autonomie de 21 prochaines universités au 1er janvier 2010, systématisation des stages en entreprise pour tous les étudiants (avec le plan « Réussir en licence »), généralisation des « fondations universitaires » (c'est-à-dire de la privatisation des universités) pour financer les universités…
Dans ce cadre, certains appellent déjà à lever le « tabou des frais de scolarité » (AEF, 17 juin 2009) ! C’est clair : le gouvernement a décidé d’aller jusqu’au bout dans l’application de la loi d’autonomie des universités (LRU) ! Il veut frapper un grand coup et nous empêcher d’accéder à l’université en faisant exploser les frais d’inscription !
Il veut nous virer des facs ! C’est la logique même de la LRU !
Nous nous adressons à tous les étudiants, tous les lycéens.
Nous en appelons à toutes les organisations qui se réclament de la défense des intérêts de la jeunesse : est-il possible de laisser faire ? ne faut-il pas forger l’unité de tous pour exiger : « Aucune augmentation des frais d’inscription ! » ?
Ces questions seront au cœur du camp de l’AJR, qui se déroulera les 28-29-30-31 août prochains, à Mailhac. Nous vous invitons à vous y inscrire et à en discuter dans les réunions de l’AJR qui prépare ce camp.